Pourquoi est-ce que je souhaite participer à l’essai Ipergay ?

Rapide détour sur ce qu’est Ipergay

Ipergay – pour celles et ceux qui n’auraient pas vu passer les articles à ce sujet sur Yagg – est un essai qui vise à évaluer une offre globale de prévention à destination de gays et hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HSH) séronégatifs, qu’ils soient garçons « bio » ou trans.

Entendez par “offre globale de prévention” des visites régulières avec du personnel de santé et des acteurs associatifs, au cours desquelles sera réalisé un dépistage du VIH et des autres IST (et eur traitement), une offre de soutien en prévention sera proposée ainsi que la mise à disposition de matériel (capotes, gel, etc.). Et enfin… des pilules bleues seront données au participant !

Ces pilules bleues sont aléatoirement un Truvada® (une combinaison de deux antirétroviraux contre le VIH des labos Gilead) ou un placebo (un faux cachet de Truvada® sans aucun effet sur le VIH).

Certaines études et pratiques médicales existantes montrent en effet que prendre un traitement antirétroviral avant une exposition au risque permet de réduire fortement le risque de contamination… encore faut-il que ce traitement soit accessible, appropriable et pris correctement !

Le participant étant informé qu’il peut tomber au hasard sur le Truvada® ou le placebo et qu’il n’en saura de toute façon rien. Par conséquent cette participation à l’essai ne garantie en rien de voir son risque de choper le VIH réduit en cas de prise de risque sexuel.

En plus d’évaluer une offre globale de prévention, l’un des objectifs de l’essai est donc d’évaluer l’opportunité de prendre un traitement peu avant une exposition éventuelle à un risque afin de voir s’il n’y a pas là un outil supplémentaire pour le réduire… les gays ayant une étonnante capacité à prévoir à l’avance quand ils vont baiser !

Vous pouvez retrouver davantage d’informations sur le site dédié à l’essai, animé par l’ANRS : www.ipergay.fr.

Une participation qui s’inscrit dans une démarche de santé

J’ai beaucoup suivi l’évolution et la mise en place de cet essai avec au départ, je l’avoue, peu d’intérêt pour celui-ci en me disant : encore un truc qui va concerner trois pignoufs sans révolutionner la prévention… jusqu’à ce que je me dise qu’en fait, je correspondais plus ou moins au profil des personnes susceptibles d’être intéressées par un tel outil de prévention.

Malgré une connaissance poussée des modes de contamination et des moyens de l’éviter, je n’ai en effet jamais fait partie de ces Stakhanovistes de la prévention qui seraient capables de se protéger systématiquement.

Il m’arrive de prendre des risques malgré toute la volonté du monde de ne pas en prendre. Bien qu’au regard de l’ensemble des rapports sexuels que j’ai ça reste marginal, dans une population avec une prévalence du VIH entre 15 et 20% néanmoins, une prise de risque sexuelle est bien plus susceptible de se traduire en infection que dans le reste de la population. Et à chaque fois que cela m’arrive, ça a le don de m’enrager.

J’essaie toutes les techniques pour éviter de prendre des risques : discuter avec mes partenaires avant, mettre les capotes bien visibles sur ma table de nuit, auto-suggestion « je me protège, je me protège, je me protège »… et bien parfois ça ne marche pas. Et je suis sûr que je ne suis pas le seul dans cette situation 😉

Ce n’est ni l’insouciance (je m’en préoccupe), ni le manque de connaissances sur les modes de transmission et les solutions qui existent qui font que je prends des risques.

Aussi, je considère qu’une offre de prévention telle que celle proposée par l’essai pourrait s’avérer très intéressante : lorsque je discute de mes prises de risques avec quelqu’un (en l’occurrence dans l’essai ce serait des médecins ou associatifs), j’ai tendance à moins en prendre dans la période qui suit. De plus, disposer d’un nouvel outil de prévention qui part du principe même que l’on prend parfois des risques correspondrait justement à la réalité de ma vie sexuelle.

Je vois donc un intérêt tout personnel à participer à cet essai – même si je ne tombe pas sur la bonne pilule bleue, j’aurai au moins accès à une offre poussée de prévention pour parler de mes pratiques et être soutenu dans ma prévention.

Et c’est enfin et aussi par curiosité que je souhaite participer à cet essai. J’ai envie de contribuer à ce que pourrait être la prévention de demain – celle qui nous permettra peut-être d’arrêter l’épidémie de VIH.

Car avec le nombre de nouvelles contaminations qui est en hausse chez les pd depuis plusieurs années, il va bien falloir casser les lignes de la prévention traditionnelle en diversifiant l’offre et en la ciblant notamment sur les personnes susceptibles de prendre des risques, qu’elles soient séroneg ou séropo.

Les questions que je me suis posées

En réfléchissant à ma participation éventuelle à cet essai, je me suis demandé plusieurs choses. D’ailleurs ça rejoint assez ce que beaucoup de gens se sont demandés… sauf que je me suis appliqué les questions en tant que personne intéressée pour rejoindre l’essai.

D’une part, est-ce que cela ne va pas au final m’inciter à prendre plus de risques ? Je n’ai pas forcément la réponse à vrai dire… on verra sur le moment. Néanmoins comme j’ai dit plus tôt, je déteste prendre des risques et lorsque j’ai l’occasion de discuter de mes pratiques – comme ce sera le cas durant l’essai – cela a tendance à booster mes capacités à enfiler un préservatif sans aucun problème. Et puis le VIH c’est une chose mais il y a bien d’autres infections pour lesquelles la pénétration sans capote présente un risque élevé de transmission.

D’autre part, je me suis demandé si la prise répétée d’un cachet d’antirétroviral n’allait pas avoir des effets secondaires sur ma santé. En l’occurrence, le Truvada® est réputé pour ne pas avoir beaucoup d’effets secondaires immédiats ou de court terme, ce qui n’est pas forcément le cas sur le long terme pour les personnes qui le prennent au quotidien. Néanmoins, des examens réguliers permettront d’assurer un suivi des effets secondaires – perceptibles ou non. Libre à moi alors de sortir ou rester dans l’essai si des effets secondaires sont constatés.

Enfin je me suis demandé ce qui se passerait après, si tout cela fonctionnait – et notamment le fait de prendre un cachet avant une exposition à un risque. Compte tenu du coût d’un cachet de Truvada® j’ai peur que l’on en vienne à une prévention à double vitesse où seule la frange aisée des personnes vulnérables au risque pourrait s’approprier un nouvel outil de prévention qui laisserait à la marge les plus précaires. Mais peut être que de savoir qu’un tel outil fonctionne permettra de faire bouger les lignes sur le prix des médicaments. Prix qui sont déjà un frein majeur à la mise sous traitement de millions de personnes dans les pays du Sud.

Et vous, vous sentez-vous concernés par un tel essai ? Seriez-vous prêt à participer à un essai de ce genre ?

Vincent

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