« C’est une mode, tous les jeunes veulent se faire baiser bareback »

Si jeunesse savait Je voudrais revenir sur discours que j’entends souvent chez les homos et notamment les aînés visant à dire que les jeunes ne se protègent plus, sont inconscients ou encore ne savent pas se protéger.

Déclarations qui ont lieu dans un contexte d’une épidémie du VIH qui frappe les gays sans commune mesure avec le reste de la population avec une mobilisation forte depuis les début des années 1980.

Alors oui c’est vrai, il y a des jeunes qui prennent des risques – il y a même une légère hausse des nouvelles infections au VIH chez les 15-25ans, certains ne se protègent pas voire ne savent pas comment se protéger. Néanmoins est-ce que cela est lié à leur jeunesse et une certaine inconscience ?

J’aimerais aborder avec vous ce sujet qui à mes yeux relève d’une forme de domination sur une génération sans vraiment de fondements et qui ne permet en rien d’expliquer que des personnes, qui s’avèrent être jeunes, prennent des risques.

Les jeunes, une catégorie qui ne veut rien dire

Personnellement je vois dans ce genre de discours une nouvelle tentative de dévalorisation d’une catégorie, en l’occurrence d’une génération, dans son ensemble.

Les jeunes ce sont comme les chômeurs, les immigrés, les vieux, les précaires, les riches, les paysans : des catégories que l’on créé et qui ne veulent absolument rien dire tant elles sont hétérogènes mais qui arrangent bien pour désigner un autre abstrait que l’on accuse de tous les maux que l’on veut.

Quel lien y-a-t’il entre un jeune né dans une famille bourgeoise parisienne un autre qui vit dans une citée défavorisée en province ou un jeune étudiant à l’université et un jeune qui a commencé à bosser à l’âge de 16 ans ? Pas grand chose.

Aussi cette catégorie « jeunes » ne veut absolument rien dire tant elle désigne des réalités bien différentes les unes des autres (dixit Robert Castel).

Argument de l’âge, argument de la sagesse ?

Mais il n’y a pas de raison après tout que les jeunes gays échappent aux multiples formes de domination classiques exercées par leurs aînés dans de nombreux autres domaines et depuis la nuit des temps.

Le fameux « Nous on a connu les années Noires du Sida ! » utilisé à profusion un peu comme d’autres diraient « Nous on a connu la guerre et les cartes de rationnement alors ferme ta gueule ! » ; ou comment détourner la mémoire afin de se mettre sur un piédestal !

L’autre jour j’ai rencontré un gars avec qui nous étions sur le point d’avoir un rapport sexuel (de baiser quoi). Celui-ci enfile un préservatif et l’air de rien déchire une nouvelle pochette et enfile un deuxième préservatif par dessus. Ce que je désignerai plus tard par le concept de surprotection 🙂 .

Lorsque j’ai essayé d’aborder avec lui le risque de déchirure que cela représentait avec le frottement des deux préservatifs l’un contre l’autre, sa seule réaction a été de me dire : « Quel âge as-tu ? Moi j’ai 40 ans, ça fait 20 ans que je fais ça ».

Utiliser l’argument de mon jeune âge pour se conforter dans sa propre stratégie de prévention, qui pourtant comportait un risque, voilà encore une tentative de rabaisser une personne en fonction de son appartenance à une génération plus jeune.

(pour répondre par avance à la question insolente de Paul Denton, oui je suis parti et il ne s’est rien passé de croustillant entre lui et moi)

Des jeunes prennent des risques, oui, mais pas parce qu’ils sont jeunes

Alors oui, il y a des jeunes qui ne savent pas grand chose et se protègent insuffisamment, c’est vrai. Ces jeunes avec Jonathan on en a rencontré pas mal par exemple en prison ou dans des centres de réinsertion pour élèves déscolarisés où la plupart viennent de quartiers très précaires.

Mais la cause n’était pas leur jeunesse… en prison il y avait aussi d’autres personnes d’autres générations qui ne savaient pas grand chose non plus. La cause de cela était bien plus l’accès quasi nul à la prévention ainsi que les représentations et pressions sociales fortes qui s’exercent dans le milieu dans lequel ils ont évolué depuis leur naissance.

En conclusion ?

Dire que les jeunes ne se protègent pas ou peu voire plus nie la réalité de milliers de jeunes qui se protègent tant bien que mal tout en ne permettant pas d’expliquer pourquoi certaines personnes prennent des risques, qu’elles soient jeunes ou moins jeunes.

C’est néanmoins souvent sur cette population que l’on projette une image erronée d’une mauvaise appropriation de la prévention, laissant par la sorte transparaître une certaine forme de domination générationnelle… un classique à ajouter à la longue liste des dominations de notre temps telles que hommes/femmes, blancs/non-blancs, parisien/provincial, riches/pauvres, LesbGay/BiTrans, cocaïne/héroïne, etc.

Le premier outil de prévention reste notre parole !

Et vous qu’en pensez-vous ?

Vincent

PS : ah oui au fait… la majeure partie des découvertes de séropositivité ont lieu entre 35 et 40 ans sur des infections ayant eu lieu dans les quelques mois ou années précédant le dépistage.

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