L’injection chez les gays – « ça slam’ pour moi »

Rémy a 28 ans et vit en région parisienne. Depuis plusieurs mois maintenant, il « slam‘ » régulièrement. Cette pratique, qui semble se développer dans certains cercles gays des grandes métropoles, consiste à s’injecter des produits tels que la mephedrone, le 4-MEC voire de la cocaïne.

Slammer (de l’anglais, to slam/slamming) = s’injecter une drogue.

Visant à atteindre une désinhibition totale, le slam commence bien souvent dans un cadre sexuel ou festif. A la recherche de performances et de plaisirs intenses, la pratique fait pourtant plonger rapidement ceux qui s’y prêtent vers la dépendance. Celle-ci devient alors problématique. Santé, boulot, argent… La difficulté à se contrôler impacte directement la vie de ceux qui consomment.

D’abord initiés au cours de soirées entre slammeurs, le glissement vers une consommation en solo se fait en quelques  mois voire quelques semaines à peine. Le profil de ces gays injecteurs, que commencent à rencontrer certains médecins, n’a pourtant rien à voir avec ceux, plus stéréotypés, des toxicomanes – au style de vie alternatif et vivant en squat.

Que ce soit un phénomène en devenir ou une mode vouée à disparaître, Rémy a souhaité raconter son expérience. Un témoignage riche, pour que notre communauté, les associations et les médecins s’emparent de ces pratiques et s’organisent  face aux risques qu’elles représentent pour les slammeurs. En évitant de tomber dans l’écueil de la morale (« c’est mal », « mais que devient notre monde ? »), la question est clairement posée de savoir comment les gays, qui ont été le fer de lance du « safer sex », s’approprieront-ils désormais la culture de réduction des risques (RdR), liés à la consommation de produits ?

Témoignage recueilli par Jonathan

Comment en es-tu arrivé à « slammer » ?

Tout a commencé il y a quelques mois. Je parlais sur Internet à des mecs qui slammaient. Avant de se lancer, bien souvent il y a un passé dans la consommation de produits. On arrive pas au slam comme ça. Mais pour moi, c’était le stade à ne pas atteindre – je n’avais pas envie d’y aller.

Puis, plus j’en entendais parler, plus ça me faisait envie. Un peu comme un effet de mode. J’ai dédramatisé la pratique dans mon esprit. Tu sais, dans le slam il y a un peu le culte de la performance sexuelle, qui se mêle à l’envie d’aller toujours plus loin. En plus les mecs avec qui j’en parlais étaient plutôt mignons, me plaisaient et je me sentais vraiment à l’aise et en confiance. Alors j’ai eu envie d’y aller.

Comment s’est passé ton premier slam ?

Je me suis rendu chez un couple de mecs qui slammaient déjà. Avec internet, sur certains sites sur lesquels je suis inscrit, ce n’est pas bien compliqué à trouver. Quand tu vois marqué « chems++++ » (chems = ‘produits’ en anglais, ndlr) sur le profil d’un mec, ça ne fait pas trop de doute, pour moi, sur leurs pratiques.

Ce soir là je n’étais pas seul à m’initier. Il y avait un autre gars qui, comme moi, venait découvrir la pratique pour le première fois. Ça avait un côté rassurant de ne pas être le seul. On a bien discuté avant, puis on l’a fait. Comme je ne connaissais pas les gestes pour s’injecter, ils m’ont fait le slam. Pour qu’on évite de se partager les seringues et le matériel, on a pris une feuille de papier et tracé des colonnes avec nos noms dans lesquelles chacun avait son matos.

Quels sont les effets que ça procure ?

Une fois le slam fait, les effets se font vite ressentir. Ça me détend, je parle beaucoup plus facilement, je me sens détendu et très sociable. Je me sens bien et l’excitation est très forte. Tu peux alors baiser pendant des heures et des heures – de toute façon c’est presque impossible de jouir. Le niveau de plaisir est vraiment très intense.

Les sens sont aussi démultipliés 10x, 20x ! Un peu de lumière peut vite devenir éblouissant d’ailleurs. Le bruit est aussi gênant. Le plan se passe alors dans une grande pénombre et au calme.

N’y a-t’il pas des risques d’overdose ?

Les produits que j’utilise sont surtout le 4-MEC-Crystal ou la mephedrone – des cristaux que l’on fait fondre dans la cuillère avant de les injecter avec de l’eau stérile. Ce sont des produits qui sont moins à risque d’overdose, je crois. Pour le moment j’ai toujours refusé de m’injecter de la cocaïne – c’est une limite que j’essaie de ne pas franchir. Maintenant je sais que si je suis perché, au cours d’une soirée, et qu’on m’en propose, j’aurais peut être plus de mal à dire non.

Les prods’ que je prends sont des amphétamine. C’est coupe-faim et coupe-soif. Tu peux vites te déshydrater et assécher tes muqueuses. Je me sens souvent « desséché » quand je slam.

Tu me dis que le plan peut durer des heures, comment ça se passe ?

Le produit procure des effets pendant environs 1h/1h30. Au cours d’une nuit tu peux donc slammer près d’une dizaine de fois. Au bout de la 5e ou de la 6e, « l’effet de montée » ne se fait plus autant ressentir, me poussant alors à en prendre toujours plus. Le rapport au temps est totalement différent : tu peux avoir l’impression que 3h viennent de s’écouler, alors qu’en fait il s’en est passé beaucoup plus. Parfois j’ai même l’impression d’avoir des black-outs, je ne sais plus trop ce qui s’est passé.

Et comment gères-tu la descente ?

La descente n’est pas forcément dure, au début – et puis le pétard aide bien. Par contre les jours qui suivent sont difficiles à gérer, avec de gros coups de blues ou des envies soudaines de slammer de nouveau. Dans ces moments là je prends ma carte bancaire et je commande sur internet. C’est très facile de trouver mes prods. D’autant que plus tu commandes, moins c’est cher…

Comment ton rapport au slam a-t-il évolué, au fil des mois ?

En l’espace de 5 ou 6 mois, je suis passé d’un slam par mois à un voire plusieurs par semaine. L’addiction vient très vite. Une fois que j’ai commencé à stocker chez moi mon propre matériel et des prods’, j’ai commencé à pratiquer seul.

Quand je suis seul et que je m’ennuie, je peux me faire un slam. Je vais alors sur des sites de rencontre, histoire de trouver des mecs avec qui baiser. Ça peut durer longtemps… une fois j’ai passé trois jours non-stop à me branler, draguer, niker, slammer et ainsi de suite. Je suis incapable de dire combien de fois… Çà a duré au moins 12h… du moins c’est ce que je pensais. Ça avait en fait duré trois jours, durant lesquels je n’étais pas allé bossé…

Quel impacte cela-a-t-il sur ta vie quotidienne ?

En plus du rapport au temps qui devient complexe, je suis vite tombé dans l’engrenage du slam. Je claque beaucoup d’argent – rien qu’au mois de janvier entre les produits et parfois le taxi pour aller voir un dealer à l’autre bout de Paris, au milieu de la nuit, j’ai dépensé entre 450 et 500€. Voilà à quoi a servit mon 13e mois…

Je me sens souvent dans le bad. Pas d’humeur. Pas de motivation.

L’injection présente des risques somatiques (abcès) ou infectieux lorsqu’elle est pratiquée à plusieurs, comme pour l’hépatite C. Comment gères-tu ces risques ?

Quand j’ai commencé à slammer seul, je me suis défoncé le bras. J’avais juste vu cela sur les autres ou c’était toujours quelqu’un d’autre qui me le faisait. Le pire c’est que j’avais des notions de RdR (réduction des risques liés à l’injection, ndlr), mais voilà je ne savais pas comment mettre l’aiguille, quel angle d’entrée avoir, comment bien viser. Je me suis toujours injecté sur le bras gauche pour garder un bras sans dommage pour les prises de sang. J’ai bien essayé de regarder sur internet pour voir comment le faire, notamment sur le site d’ASUD (Association d’auto-support auprès des Usagers de Drogues, ndlr). Mais aujourd’hui ça devient de plus en plus difficile d’y arriver. Mes veines sont abîmées. Et crois moi, quand tu te loupes, que l’aiguille rate la veine, tu souffres. Et ça fait un abcès.

Il y a un vrai besoin d’être accompagné dans le slam. Pour apprendre les bons gestes, notamment avec d’autres mecs qui slamment eux aussi et qui savent bien faire.

Je fais toujours très attention à l’hygiène et à ne pas partager la seringue et le petit matériel (cuillère, filtre, coton, etc., ndlr). Quand on est plusieurs, chacun a un plateau avec son propre matos. Une fois je faisais une soirée avec un mec qui est porteur du virus de l’hépatite C. A un moment il s’est retourné et, sans faire exprès, m’a griffé avec l’aiguille. On a pas vu de sang et on a désinfecté très rapidement. Mais j’ai vraiment flippé car il n’y a pas de traitement d’urgence pour l’hépatite C. Lorsque je suis allé me faire dépister, j’ai vraiment eu très peur.

Justement comment abordes-tu cela avec les professionnels de santé ?

Au « 190 » (Centre de Santé sexuelle à Paris, ndlr) j’ai pu en parler assez facilement avec le médecin. Il n’avait pas forcément de conseils à donner mais m’a écouté. Il m’a dit rencontrer de plus en plus de mecs qui slamment et se contaminent à l’hépatite C. Il s’agit apparemment de profils totalement nouveaux – que les médecins ne voyaient pas avant. Ce n’est pas le tox avec ses chiens qui vit dans les squattes. Le contexte de ces personnes est totalement différent. Ce peut être le boulanger ou le fleuriste du coin venant consulter et qui découvrent qu’ils ont chopée l’hépatite C au cours d’une soirée à slammer. Et il y en a de tous les âges.

Et dans ton entourage, comment en parles-tu ?

J’ai une amie à qui j’en parle. Elle m’écoute et ça compte beaucoup. C’est important aussi de discuter avec d’autres personnes qui vivent la même chose, d’autres slammeurs.

Comment envisages-tu la suite ?

J’en ai marre du trash, de l’absence de contrôle et du sans limite. Je n’ai plus envie de rencontrer de nouvelles personnes qui slamment. Je veux juste me poser, rencontrer quelqu’un qui m’apporterait un cadre. C’est quand je suis seul, que je m’ennuie et cogite sur mon cadre de vie merdique que je slamme. Parce que ça m’aide à me sentir bien, je me défonce.

C’est en m’occupant, en étant avec des gens que je sortirai de cette spirale. Je veux arriver à me fixer des limites, pouvoir slammer, mais juste une fois de temps en temps en soirée, comme ça. Contrôler, ne plus être dans la dépendance physique.

Lorsque je m’occupe à autre chose pendant une longue période j’ai vraiment l’impression de revivre.

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Se faire « checker » le cul !

 

Santé anale, santé sexuelle

La santé sexuelle pour beaucoup de gays tourne en grande partie autour de leur beau petit cul ! Me faisant fréquemment prendre, cela me semble important de me faire examiner régulièrement mon anatomie anale pour dépister une éventuelle anomalie.

Les pratiques anales ou la présence de certaines infections sexuellement transmissibles peuvent en effet provoquer des troubles au niveau du rectum et de l’anus. Des fissures, des hémorroïdes ou des saignements peuvent apparaître à la suite de vos ébats sexuels. Et certains virus tels que les HPV1 – très fréquents chez les gays – peuvent être à l’origine de condylomes (sorte de petites verrues) ou d’un cancer de l’anus. Cela faisait longtemps que je souhaitais vous en parler – mais j’attendais ma prochaine consultation de proctologie, qui peut être menée soit par un médecin spécialiste, par un dermato ou généraliste qui a des connaissances en procto.

Avec tout ça, je préfère donc me faire « anusculter » de temps à autres ! Et ce d’autant que j’ai eu des condylomes externes par le passé, qui sont partis facilement grâce à une crème. Je craignais d’en avoir développé en interne – ayant régulièrement de petits saignements à la suite de rapports sexuels.

Une consultation de l’anus c’est…

Lorsque j’étais en Grande Bretagne, j’ai eu l’occasion d’avoir un examen de l’anus et du rectum à chacune de mes consultations de dépistage. Très professionnels, le médecin allait systématiquement se mettre derrière un rideau pour me laisser le temps de me déshabiller complètement et m’allonger sur la table de consultation – sur le côté, les genoux relevés, c’est moins « humiliant », parait-il. En France, c’était plus direct.

Il s’agit alors d’observer votre anus afin de déceler tout signe suspect. Tout d’abord à l’extérieur puis à l’intérieur. Pour cela, le médecin m’insère un doigt pour palper l’intérieur du rectum puis à l’aide d’un anuscope dilate l’anus afin de pouvoir observer ce qui peut bien se passer la dedans.

Pour avoir eu l’occasion de me faire « anusculter » à trois reprises, je trouve cela plutôt simple et rapide. La dernière fois le médecin n’étant pas franchement très doux, il m’a fait mal. Plus que jamais la relation médecin-patient est primordiale, ça aide à dilater pendant qu’il vous ausculte 😉

Cette fois-ci je n’étais pas très à l’aise. Car durant l’examen je n’ai pas bien aimé son air étonné lorsque je lui ai expliqué me faire prendre régulièrement. J’avais le sentiment de lui faire perdre son temps et qu’il avait envie d’en finir au plus vite. D’ailleurs la consultation a du durer au maximum 4 mins. Entretien et osculation inclus.

Et ce alors même qu’il y aurait dix mille choses à aborder avec un patient qui se fait sodomiser : quelles sont mes pratiques sexuelles et comment je gère ma prévention ? Comment sont préparées mes pénétrations ? Quels sont les autres problèmes que j’ai pu avoir ? Que nenni, tu baisses ton froc devant le docteur et l’infirmière qui te regardent, tu t’allonges et tu dilates. Y’a rien ? Tu te casses avec une crème apaisante à appliquer en cas de douleur.

Cela ne me dissuadera néanmoins pas d’y retourner de nouveau – peut être avec un autre procto qu’on m’aura conseillé. En attendant je continue à faire du diagnostic profane : je regarde mes fesses dans un miroir, je me mets un doigt à l’intérieur pour voir si je ne sens rien de suspecte. Notamment si je ne sens pas des petits boutons ou bouts de peaux qui pourraient faire penser à des condylomes.

Bref, j’apprends à connaître mon anatomie pour pouvoir prendre soin d’elle.

Et vous ?

Vincent

Crédit photo : myhiv.org

1 Papillomavirus Humain (“Human Papilloma Virus”)

Couples sérodifférents – témoignages

Article écrit par Jonathan.

« Sérodifférence »… ! Pour faire simple, c’est le fait qu’il y ait dans un couple un partenaire qui est séropositif, et le deuxième qui est séronégatif, donc qu’il y ait une différence sérologique (VIH en l’occurrence) entre les deux partenaires. Ce terme est à préférer à celui de « sérodiscordance » portant une sémantique plus agressive.

C’est une situation qui est très souvent cachée, parfois même aux amis les plus proches. Il a été rude de trouver des témoignages dans mon entourage, malgré le boulot que j’exerce. Bien que dans les témoignages ci-dessous vous verrez que ce n’est pas un sujet dont le couple parle au quotidien, on remarque la difficulté qu’il peut y avoir à parler du fait d’être séropositif ou d’être dans un couple sérodifférent aux autres, à l’extérieur du couple.

Je suppose que dans votre entourage il y a possiblement plusieurs personnes séropositives, mais il y a aussi plusieurs personnes qui sont en couple avec une personne séropositive. Dans tous les cas combien vous en parlent ? Combien connaissez-vous de couples sérodifférents ? Et si oui, si vous l’avez appris directement d’eux ou bien par quelqu’un d’autre qui les auraient  « outé ».

Sur les actions de prévention que je mène avec l’association AIDES, j’en ai rencontré des tas de mecs… Et peu m’ont parlé de leur vécu dans un couple sérodifférent de vive-voix. Alors même que lorsque l’on fait passer des petits questionnaires anonymes, certains disent être concernés.

Cet article nous permet de réfléchir à savoir quels sont les espaces d’expression pour ces couples. Des deux partenaires ensemble tout autant que de celui qui est séroneg et celui qui est séropo, sans que la parole de l’un n’écrase celle de l’autre. J’ai ainsi souhaité par cet article donner la parole à deux mecs vivant dans deux couples sérodifférents. L’un est séroneg et le deuxième séropo.

« Ça va faire un an et demi qu’on est ensemble, il sait depuis un peu moins de 2 ans qu’il est séropo, et pour l’instant il n’est pas sous traitement car son médecin spécialiste du VIH n’en voit pas l’intérêt tant que ses T4 sont bons (défenses immunitaires, ndlr), car initier un traitement est quelque chose de lourd, et une fois commencé il faut s’y tenir à vie… et la vie pour nous est encore longue, lui ayant 25 ans, et moi 21 !

Je suis tout à fait d’accord sur le fait que ce ne soit pas quelque chose d’anodin, mais merde et moi dans l’histoire ? Je compte pour quelque chose ou bien ?

Je l’aime plus que tout, et je ne veux pas être contaminé. Et lui non plus ne veut pas me contaminer, il m’a dit plusieurs fois qu’il se foutrait en l’air si ça arrivait… il ne supporterait pas l’idée de me faire ça, ça le détruirait de me refiler son virus !

Mais voilà, au fil du temps c’est de plus en plus difficile à accepter de mettre un préservatif que nous trouvons tous les deux irritant en position passive, et notre sexualité ne peut pas être aussi épanouie que ce que nous voudrions. Et même si on essaye de mettre en pratique ce qu’on nous a dit pour réduire au plus possible les risques, il y en a de temps en temps.

On va ensemble à ses consultations à l’hôpital, mais quand on parle de sexualité, le médecin nous répond avec un sourire bienveillant qu’il suffit de mettre un préservatif, ce qui coupe court à toute discussion. Ni lui ni moi n’arrivons à lui parler d’éventuelles prises de risque. Un truc bien que ce médecin a fait, c’est de me rédiger une ordonnance valable un an pour me faire dépister tous les 3 mois, et il va aussi me vacciner, en douce, contre l’hépatite A en même temps que lui, et gratuitement (en France le vaccin n’est pas remboursé normalement, ndlr).

On nous a évidemment parlé du traitement d’urgence au cas où… mais je ne peux clairement pas aller chercher un traitement tous les mois… ! Une fois, la capote avait craqué, j’ai voulu en prendre un, et la médecin aux urgences était très désagréable, m’a dit que j’étais ‘’irresponsable et suicidaire’’, et a fortement insisté sur le prix de la trithérapie.

J’ai décidé de partir et de ne pas le prendre, c’était trop décourageant.

Heureusement les tests sont toujours négatifs aujourd’hui. Mais je sais qu’il suffirait d’une fois, et mon copain aussi ça le fait flipper… je pense désormais que « l’amour est un facteur de prise de risque », comme tu me l’avais déjà dit une fois. Je refusais de croire à cette connerie quand je l’ai entendu, mais force est de constater que si ! Autant avec les plans cul que j’ai pu faire, e n’avais aucun soucis de prévention, là j’ai un mec, je l’aime plus que tout, mais je refuse de voir en lui le virus, ce n’est pas ce qui compose son être, c’est l’homme de ma vie et je veux vivre avec lui comme n’importe quel autre couple.

Peut-être que la femme aux urgences avait raison, qu’on se voile la face, qu’on est irresponsables, d’ailleurs il a été très bouleversé par cet épisode de notre relation, où ça a réveillé en lui ses vieux démons, bloquant totalement sa libido… !

Il y a pourtant quelque chose qui pourrait nous sécuriser plus, c’est le traitement ! J’ai lu il y a peu une étude montrant que le traitement chez les couples comme nous réduisait de 96% le risque de contamination  !!!!!! (étude HPTN 052, ndlr) Au fond de moi je n’attends que ça, qu’il le prenne, je suis prêt à l’accompagner et le soutenir du début à la fin, pour que ça se passe le mieux possible. Et en évitant le sperme comme on le fait actuellement, je pense que le risque de contamination serait presque nul.

Mais voilà, je ne veux pas lui dire tout ça.

J’entends ses peurs avec le traitement qui est lourd, je veux être fort pour lui, et je ne veux pas qu’il le prenne juste pour me faire plaisir, mais parce qu’il en a vraiment envie/besoin, lui, et qu’il sera prêt à le prendre toute sa vie. Du moins jusqu’à ce qu’on trouve mieux.

Mais du coup j’en parle où ? A qui ?

Ses amis les plus proches sont au courant de sa séropositivité, mais je ne veux pas me confier à eux. Je n’ai que deux amis à qui je fais entièrement confiance, et qui je sais ne lâcheront jamais le morceau, et qui d’ailleurs habitent plutôt loin de Lyon. Ce qui évite au plus possible les fuites d’ailleurs. Mais ils n’ont pas que ça à faire non plus que de m’écouter parler. Donc la plupart du temps je garde mes craintes et mes questionnements pour moi.

Mon mec a une psychologue à sa disposition à l’hôpital s’il veut, mais moi j’aimerais bien pouvoir en bénéficier aussi des fois, pour pouvoir me vider un peu, lui dire mes peurs, pouvoir trouver des solutions avec cette psy peut-être… avoir l’avis d’un professionnel, mais bon ce n’est pas possible. Et si je me contaminais un jour, comment ça se passerait ? Je ne sais même pas si je pourrais parler, à ces deux rares amis avec qui j’en ai discuté, d’une séroconversion…

Mis à part ça je suis heureux tout de même hein, j’ai un mec formidable et pour rien au monde je n’en changerais. Je l’aime et on a plein de projets ensemble. On nous dit qu’on forme un beau couple, mais je pense que beaucoup sont très loin de penser à quel point on s’aime, et combien le VIH a pu nous consolider. »

(X., 21 ans, séronégatif en couple sérodifférent)

« Nous avons toujours très bien vécu ma séropositivité dans mon couple actuel, car j’en ai informé Maxime dès le début, avant tout rapport. Avec lui je sentais que ça pourrait devenir sérieux, et la suite m’a donné raison (depuis 3 ans), c’est pour ça que j’y ai été avec des pincettes.

Notre rencontre correspond à mon début de traitement. Nous étions très prudents au début, c’était même un peu de l’obsession, surtout de ma part. Aucun, mais alors aucun risque de pris. Une fois le traitement commencé et depuis que ma charge virale est devenue indétectable (ce qui réduit voire annule le risque de contamination, ndlr), nous avons relâché la vigilance, en gardant quand même la capote pour les relations anales (ce qui en l’occurrence ne gêne aucun des deux).

Aujourd’hui on a trouvé un équilibre tout à fait stable, je vais 2 fois par an à l’hôpital vérifier que tout va bien et lui se fait dépister par la même occasion, sans grande inquiétude franchement. C’est d’ailleurs tellement devenu un non-sujet de conversation (parce que nous ne nous inquiétons pas) que je ne saurais pas trop quoi te dire vis-à-vis du ressenti de Maxime. Je me vois un peu comme un diabétique, mais au lieu d’une piqûre par jour je prends une pilule. Et quand on baise (c’est toujours aussi bien) je ne pense pas une seconde à la maladie.

Par ailleurs, je n’ai jamais ressenti le besoin d’en parler, ni à mes amis, ni à ma famille, donc personne ne le sait. Je n’ai pas envie de leur faire peur et je n’ai pas envie d’avoir ce trait-là dans l’idée qu’ils se font de moi. Le jour où ma séropositivité m’affectera (si ce jour arrive) alors j’en parlerai. Tant que ça reste une pilule par jour sans effet sur mon corps ni sur mon esprit, je n’en parlerai pas.

Maxime, lui, a eu besoin d’en parler, évidemment avec moi et là il n’y a aucun problème de communication, mais aussi avec une amie proche à lui (qui est devenue une amie à moi aussi). Donc je sais qu’elle sait mais je n’en parle jamais avec elle. Je crois que maintenant Maxime non plus, il a quand même eu besoin de se rassurer auprès d’elle je pense au début de notre relation.

De manière générale lui et moi sommes sur la même longueur d’onde. Nous considérons que c’est un peu du domaine de l’intime dans notre couple donc nous n’en parlons pas autour de nous, mais nous en parlons entre nous, si besoin, et franchement pas tous les jours, loin de là !

En tous cas, je souhaite à tous les séropos d’arriver à trouver un équilibre comme j’ai pu le trouver, et à ceux qui sont en couple ou cherchent à l’être de trouver un bonhomme ou une bonne femme qui ne se prenne pas trop la tête, parce que ça n’en vaut vraiment pas la peine. C’est aussi pour ça que je voulais militer un petit peu à AIDES, pour transmettre ce genre de message, mais comme je te le disais je n’ai vraiment plus le temps de le faire… Dommage. Mais tu peux le porter pour moi, je sais que tu fais ça très bien 🙂 »

(A., 23 ans, séropositif en couple sérodifférent)

Je tiens à remercier ces deux personnes qui ont témoignées. Parler de ce sujet n’est pas forcément évident.

Difficulté à se protéger et stratégies adoptées

Les deux témoignages évoquent les difficultés à se protéger, bien que pour le second cela semble poser moins soucis. X. nous parle à un moment des techniques de réduction des risques sexuels. Bien évidemment, son médecin leur a dit de mettre un préservatif, et c’est la norme préventive, c’est aujourd’hui le moyen le plus sûr de se préserver du VIH. Il est recommandé de l’utiliser autant que possible.

Mais après, personne n’est infaillible, et on peut entendre que dans certaines situations, des personnes puissent être plus vulnérables que d’autres. Et comme la majeure partie des gens, ils ne veulent ni se contaminer, ni transmettre leur virus.

Bien sûr, il existe des stratégies pour réduire ce risque, ce dont parle X. à un moment. L’actif prend par exemple moins de risque que le passif, mettre le paquet de gel permet de réduire le risque de lésions, se retirer avant l’éjac, etc. Mais comme il est indiqué, de récentes publications en matière de recherche contre le VIH montrent que le traitement permet de réduire voire d’annuler le risque de transmission du virus, lorsqu’il est pris correctement [1]. Ou encore on pense fortement que le fait qu’un séroneg prenne un traitement spécifique avant un risque permettrait d’éviter d’attraper le VIH. Dans les deux cas, il s’agirait d’outils de plus pour les personnes souvent exposées à un risque. Comme ici dans les couples sérodifférents.

Dans les deux témoignages, on note bien ainsi que le traitement, plus que toutes les autres stratégies mises en oeuvre, est perçu comme facteur d’amélioration de la qualité de vie sexuelle dans le couple. L’angoisse, la peur de transmettre son virus est nettement atténuée si le traitement fonctionne. C’est une vraie bouffée d’oxygène pour la vie sexuelle du couple. Bien que ce soit une décision qui doit être pesée, réfléchie (et soutenue ?).

Et vous, est-ce que vous avez connaissance de couples sérodifférents, ou vous mêmes, êtes vous concerné ? Quels espaces pourrions-nous offrir pour que ces couples puissent s’exprimer, échanger, être soutenus sur les difficultés qu’ils rencontres, sur les stratégies qu’ils pourraient mettre en œuvre pour se protéger, etc. ? La séroconversion dans le couple ?

Jonathan

[1] Voir étude HPTN 052 (lien)

[2] Voir études Partners, FDN02 ou encore Iprex pour les homos

Crédit photo: © Terrence Higgins Trust / Montage : Vincent

Mon expérience du traitement d’urgence contre le VIH

Bonjour tout le monde,

On parle beaucoup de « PrEP » en ce moment (Prophylaxis Pré-Exposition en anglais). Mais j’aimerais revenir un peu sur la bonne vieille « PEP » (Prophylaxis Post-Exposition), que l’on appelle plus communément le « traitement d’urgence ». Celui que l’on peut prendre après un risque d’exposition au VIH – et notamment après un rapport sexuel à risque (plus d’infos).

Récemment pas mal de monde est en effet venu m’aborder sur le sujet. Et ce avec une certaine inquiétude. C’est pourquoi je souhaite partager avec vous ma propre expérience de la prise d’un tel traitement il y a quelques temps. Histoire de rassurer, de rappeler que ce n’est pas anodin mais qu’il ne faut pas pour autant dramatiser.

L’important est de se dire qu’il n’y a pas de fatalité et que l’on est jamais seul dans tout ça.

 

Le contexte de la prise de risque

Après des semaines d’activité sexuelle intense sans manquer une seule fois de me protéger, une nuit à l’occasion d’un rapport sexuel, mon partenaire (occasionnel) et moi ne mettons pas de préservatif. Il ne s’agit en rien d’un accident de préservatif et je suis entièrement co-responsable de cet acte.

Nous sommes en plein milieu de la nuit et comme souvent dans ce genre de situation, je me retrouve bête. J’hésite vraiment sur le traitement d’urgence. Je prends donc mon joker coup de fil à un ami et décide de réveiller Jonathan pour qu’il me dise d’aller aux urgences en chercher un. J’avais juste besoin qu’une personne de confiance me dise « vas y ».

 

Les urgences

Je me présente tranquillement au guichet des urgences et ai simplement dit : « Bonjour, je viens pour un traitement d’urgence contre le VIH ». Le personnel de l’hôpital n’a pas besoin d’en savoir plus. Après une bonne heure d’attente, je suis reçus par un médecin. Je lui explique la situation et s’en suit une conversation assez ahurissante pour mes oreilles de militant Sida :

« il était séropositif ?
– je n’en sais rien. »

« vous avez saigné ?
– je n’en sais rien. »

« il a éjaculé en vous ?
– non. »

« bon, il y a un risque sur 4000.
– … »

Bien entendu cette estimation est une connerie monumentale qu’il a surement inventée pour me rassurer. Néanmoins la situation était suffisamment à risque pour que la décision soit prise d’initier un traitement (un pd qui se fait baiser sans capote et qui n’en sait pas plus sur son partenaire sexuel occasionnel, en général on hésitera pas une seule seconde). Étant néanmoins arrivé relativement tôt, rendez-vous est pris le lendemain au service infectio pour initier le traitement.

 

La consultation infectio

Je passe par le bureau des entrées où, malgré la gratuité du traitement, il faut que vous délivriez votre carte vitale et carte de mutuelle. Ce n’était pas anonyme, du coup. Et je ne sais pas si cette possibilité existe en France de pouvoir prescrire des traitements d’urgence de manière anonyme (à confirmer).

Je tombe ensuite sur un jeune (et bel) interne qui me pose un tas de question au cours d’un examen clinique, tant sur le risque que sur ma santé en général. Il a suivi scrupuleusement la procédure qui était détaillée dans son kit « AES » (Accident d’Exposition au Sang, c’est le terme qui sera utilisé pour vous délivrer un traitement d’urgence). Il me fait alors une ordonnance comprenant :

– la prise de deux médicaments utilisés dans le traitement du VIH (je reviendrai après dessus) ;
– la prise de médicaments limitant les effets secondaires liés à ces traitements, tels que les diarrhées et nausées ;

S’en suis une séance #prise de sang# pour faire un dépistage des principales IST et du VIH (oui parce que si vous êtes déjà infecté mais que vous ne le savez pas, inutile de prendre un traitement d’urgence, cela pourrait même mener à des complications).

J’ai eu le droit à une conversation originale avec l’interne en infectio :

« Bon courage. Mais la prochaine fois, hein, mettez un préservatif.
– Si c’était aussi simple que de le dire, je l’aurais fait !
– Vous voulez dire qu’on vous a forcé ?
– Non, non. Ce n’est pas ça. »

Je n’avais pas d’explication à donner à ma prise de risque, je ne la comprends pas moi-même sur le moment. Pour autant l’idée de penser que l’on me prenne pour un inconscient irresponsable me déplait. Mais là, je n’avais pas envie de débattre. Je suis allé prendre mes rendez-vous pour le suivi toutes les semaines et pars chercher le traitement en pharmacie hospitalière.

Et me voila avec 28 jours de traitements. Et une question en tête : « ou est-ce que je vais le commencer ? »

 

L’initiation du traitement

Je n’avais pas envie de rentrer chez moi où je vivais à l’époque chez mes parents. J’ai donc roulé avec ma vieille bicyclette jusqu’au lieu qui me semblait le plus approprié pour commencer à prendre un traitement : le local de l’association AIDES – où je milite. Certainement le seul endroit où tu peux t’assoir, déballer tes paquets de médoc, discuter de la météo, prendre les premiers cachets, sans que personne te fasse une tête de zombie en te regardant de travers.

Au contraire, j’ai trouvé auprès de mes amis militants beaucoup de soutien. Ils m’ont bien sûr demandé dans quel contexte ça s’est passé mais sans me dire « bon… Vincent, t’aurais quand même pu mettre une capote ». Si un jour cela vous arrive, n’oubliez jamais de compter sur vos amis et d’être dans un lieu où vous vous sentez à l’aise pour commencer le traitement !

Celui-ci se composait donc  :
– d’1 cachet de Truvada (Tenofovir+Emtricitabine) à prendre une fois par jour (la pilule bleue) ;
– de 2 cachets de Kaletra (Lopinavir boosté par Ritonavir) à prendre deux fois par jour (les pilules oranges) ;

Il s’agit d’antirétroviraux souvent utilisés dans le traitement des personnes séropositives pour contrôler le VIH. L’idée étant ici d’attaquer à forte dose le virus dès son entrée pour qu’il ne puisse s’installer (je vulgarise là…).

 

Les premiers effets secondaires

Mes amis ont été très gentils. Ils m’ont emmenés dans une brasserie histoire de me changer les idées. Ce qui était le bienvenu après plusieurs heures passées à l’hôpital, seul. Et le petit choc que ça me fait quand même de prendre un risque. Je n’aime pas ça. Je m’en veux et me sens faible de n’avoir pas su me contrôler sur le moment.

Le premier effet secondaire de la prise d’un traitement d’urgence, c’est bel et bien de vous faire réfléchir. Sur le pourquoi du comment. Qu’est-ce qui a fait que j’ai pris un risque ? Sur quels éléments je peux agir pour que ça ne se reproduise plus ?

Mais les effets sur l’organisme, eux non plus, ne se sont pas faits attendre. Je me suis senti très très fatigué dans les heures qui ont suivies la première prise. Je me suis tout simplement endormi… et au réveil j’ai eu le droit aux fameuses nausées et diarrhées.

« Mince… j’ai un rendez-vous dans une heure » + « mince je commence mon nouveau job… demain. »

Il va falloir apprendre à repérer où sont les chiottes où que vous alliez.

Fort heureusement les effets secondaires durent principalement les premiers jours et ont été relativement supportables. Et grâce aux médocs et au fait que mon corps s’habitue au traitement, ils s’estompent peu à peu. Chez certains c’est un peu psycho-somatique aussi les effets secondaires. La culpabilisation et la peur sont telles que le corps extériorise physiquement. Malgré mes questionnements, j’étais néanmoins zen.

 

Un mois avec un traitement

Pour mon premier jour de boulot j’ai dit à une collègue bien sympa que je prenais un traitement (sans entrer dans les détails) et que parfois j’aurais juste besoin de m’absenter 2/3mins, si elle pouvait me remplacer dans ces moments là.

J’en avais parlé à ma médecin du travail le matin même avant de commencer. Elle ne m’a donné aucun conseil sur la manière dont je pouvais en parler à ma chef ou les droits dont on dispose dans ces moments là. very useful…

Mais bizarrement les effets secondaires ne m’ont pas beaucoup perturbés quand j’étais au boulot. C’était soit le soir, soit le matin en me levant que je les subissais. Sinon, la journée, j’étais relativement tranquille.

Non le plus dur ça a vraiment été de prendre le traitement tous les jours. Au début ça va. Au bout d’une bonne dizaine de jour, chaque matin, je posais sur ma main les 3 cachets qui me paraissaient chaque jour encore plus gros que la veille. Je les fixais en me disant qu’il fallait que je les prenne. Mais en même temps ils me dégoûtaient.

J’en avais tellement pas envie que si je n’avais pas mis mon téléphone portable à sonner à 8h et à 18h chaque jour, je les aurais oublié la plupart du temps. Comme si mon esprit voulait refouler cette prise de traitement.

Pour moi les difficultés ont donc davantage été dans la tête que dans le corps.

 

La famille…

Vivant chez mes parents à l’époque, j’avais fait le choix de leur cacher. C’était sans compter que la mère est parfois curieuse… Et quand elle trouve quelque chose de suspect et qu’elle ne comprend pas… comme toute personne « connectée », elle va sur Google regarder ce que c’est.

http://www.google.fr => « Truvada » => premier résultat : « Truvada® est l’association fixe de deux médicaments antirétroviraux actifs contre le VIH »

Je ne veux même pas imaginer ce qui s’est passé dans sa tête, son cœur et ses tripes.

Je rentre tranquillement chez moi. L’heure du repas arrive. Je me doute bien sûr de rien. Discussion. Mon père parvient à amener sur la table le sujet du « Sida », comme il dit. Pas compliqué de parler de ça avec moi en même temps. Puis il dévie légèrement…

« Et comment on fait lorsqu’on a un fils qui a le « Sida »
Moi, naïf, pensant que la conversation se poursuivait, je réponds :
– Et bien il existe un certain nombre de structures de soutiens qui peuvent accompagner les parents et leur enfant ensemble pour que tout se passe bien.
– C’est quoi ces médicaments dans ta chambre ?

Silence.
Regard noir.

« Vous avez fouillé dans ma chambre ?
– La table de nuit était ouverte.
– Non, elle était fermée. Ce traitement est un traitement que l’on peut prendre après une prise de risque. Il sert à réduire le risque de contamination au VIH.
– Tu as pris un risque ?
– Oui.
– Ça existe vraiment ce genre de traitement ?
– Oui.
– Je n’y crois pas.
A la mère, un brin rassurée, d’intervenir :
– Mais puisqu’il te dit que c’est ça, il connait mieux que toi ! »

Bon vous l’aurez compris, c’est une expérience que je n’ai toujours pas digérée. J’ai pris le risque de cacher le traitement plutôt que de me prendre la tête à leur expliquer direct. Ça m’est retombé dessus… à chacun de faire le bon choix en fonction de son milieu familial. Mais c’est vrai que de le dire dès le début évite certains soucis…

Le suivi médical

Rendez vous avec mon joli interne chaque semaine, avec alternance entre prise de sang et rendu du résultat. Rien de spécial à ce niveau là.

J’ai perdu du poids. 2 ou 3kg… Ce qui n’est pas étonnant vu que les traitements et l’effet psychosomatique ont un sacré impact sur l’appétit.

Rien d’autre à signaler sinon… à la fin du traitement on demande de revenir dans trois mois pour faire un test de confirmation. J’irai faire cela au Royaume-Uni où j’ai découvert une approche bien différente de la santé sexuelle…

La réflexion…

Voilà, après de nombreux mois qui se sont écoulés je ne peux pas dire que j’ai vraiment tout compris sur cette prise de risque. Ça aura été ni la première ni la dernière mais la seule pour laquelle je décida d’aller prendre un traitement d’urgence.

En essayant de me pencher un peu dessus, j’ai trouvé certains points communs à chacune d’entre elles : un lit, le fait d’avoir déjà baisé avec la personne avant et une forte excitation souvent liée au précédent point. En gros j’ai beaucoup moins de chance de prendre un risque sexuel lors d’un gang bang trash bien pervers la nuit au milieu d’un bois que sur un lit douillet au chaud avec une personne que j’apprécie. D’où ma citation préférée en prévention : « le romantisme est facteur de risque ».

Le fait d’être à chaque fois dans une période où je ne me sens pas fort a peut être été le déclencheur. Quand je me sens bien de manière générale, j’arrive sans trop de problème à me dire : « ok, alors là t’es en train de prendre grave ton pied. Met la capote pour autant. » Et je le fais. Alors que quand je me sens moins bien, la négociation avec moi-même prends beaucoup plus de temps. Suffisamment parfois pour que l’autre ait pris sa décision avant moi d’y aller sans.

 

En conclusion ?

Prendre un traitement d’urgence n’a pas été anodin. Davantage pour ce qui s’est passé dans ma tête que du fait des effets secondaires sur mon corps. J’ai eu la chance d’être soutenu par mes amis. Soutenu explicitement et implicitement en me donnant la possibilité de parler librement de cela et de prendre mon traitement sous leurs yeux, sans être jugé.

Cette expérience m’a donné l’opportunité aussi de réfléchir sur ma santé sexuelle, mon rapport au risque et à la prévention. Et aujourd’hui, même s’il m’arrive toujours de prendre des risques, cela est beaucoup moins fréquent. Voire ça n’est pas arrivé depuis un sacré bout de temps malgré de grosses baisses de morales. Et cela je le dois à toutes ces heures passées à réfléchir sur ma santé, à l’exprimer librement et en discuter avec mes amis.

J’aurai bien aimé que le médecin infectio saisisse l’occasion du traitement pour aborder ces questions avec moi – mais il faut croire que tous ne sont pas à l’aise avec ce sujet. Ce qui est une vraie lacune en termes de prévention. Je n’ai pas besoin de conseils, juste qu’on me laisse la possibilité d’en parler et d’être écouté.

Voilà pour ma part…

Je comprends que certainEs, après avoir pris une fois un traitement d’urgence, ont encore plus de mal à faire la démarche d’en prendre un autre lors d’une nouvelle exposition à un risque. Si tel est votre cas, appelez un pote et demandez lui : « j’y vais ou pas ? ». Même si vous connaissez la réponse, au moins, vous n’êtes pas seul.

Pour les mauvaises langues, je ne pense pas que ça donne un « avant-goût » de ce qu’est la vie avec le VIH. Ici on parle de 28 jours seulement tout en étant à priori encore séronégatif… c’est incomparable.

 

Et vous, avez vous déjà pris un traitement d’urgence ? Comment ça s’est passé pour vous ?

 

Vincent

Pourquoi est-ce que je souhaite participer à l’essai Ipergay ?

Rapide détour sur ce qu’est Ipergay

Ipergay – pour celles et ceux qui n’auraient pas vu passer les articles à ce sujet sur Yagg – est un essai qui vise à évaluer une offre globale de prévention à destination de gays et hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HSH) séronégatifs, qu’ils soient garçons « bio » ou trans.

Entendez par “offre globale de prévention” des visites régulières avec du personnel de santé et des acteurs associatifs, au cours desquelles sera réalisé un dépistage du VIH et des autres IST (et eur traitement), une offre de soutien en prévention sera proposée ainsi que la mise à disposition de matériel (capotes, gel, etc.). Et enfin… des pilules bleues seront données au participant !

Ces pilules bleues sont aléatoirement un Truvada® (une combinaison de deux antirétroviraux contre le VIH des labos Gilead) ou un placebo (un faux cachet de Truvada® sans aucun effet sur le VIH).

Certaines études et pratiques médicales existantes montrent en effet que prendre un traitement antirétroviral avant une exposition au risque permet de réduire fortement le risque de contamination… encore faut-il que ce traitement soit accessible, appropriable et pris correctement !

Le participant étant informé qu’il peut tomber au hasard sur le Truvada® ou le placebo et qu’il n’en saura de toute façon rien. Par conséquent cette participation à l’essai ne garantie en rien de voir son risque de choper le VIH réduit en cas de prise de risque sexuel.

En plus d’évaluer une offre globale de prévention, l’un des objectifs de l’essai est donc d’évaluer l’opportunité de prendre un traitement peu avant une exposition éventuelle à un risque afin de voir s’il n’y a pas là un outil supplémentaire pour le réduire… les gays ayant une étonnante capacité à prévoir à l’avance quand ils vont baiser !

Vous pouvez retrouver davantage d’informations sur le site dédié à l’essai, animé par l’ANRS : www.ipergay.fr.

Une participation qui s’inscrit dans une démarche de santé

J’ai beaucoup suivi l’évolution et la mise en place de cet essai avec au départ, je l’avoue, peu d’intérêt pour celui-ci en me disant : encore un truc qui va concerner trois pignoufs sans révolutionner la prévention… jusqu’à ce que je me dise qu’en fait, je correspondais plus ou moins au profil des personnes susceptibles d’être intéressées par un tel outil de prévention.

Malgré une connaissance poussée des modes de contamination et des moyens de l’éviter, je n’ai en effet jamais fait partie de ces Stakhanovistes de la prévention qui seraient capables de se protéger systématiquement.

Il m’arrive de prendre des risques malgré toute la volonté du monde de ne pas en prendre. Bien qu’au regard de l’ensemble des rapports sexuels que j’ai ça reste marginal, dans une population avec une prévalence du VIH entre 15 et 20% néanmoins, une prise de risque sexuelle est bien plus susceptible de se traduire en infection que dans le reste de la population. Et à chaque fois que cela m’arrive, ça a le don de m’enrager.

J’essaie toutes les techniques pour éviter de prendre des risques : discuter avec mes partenaires avant, mettre les capotes bien visibles sur ma table de nuit, auto-suggestion « je me protège, je me protège, je me protège »… et bien parfois ça ne marche pas. Et je suis sûr que je ne suis pas le seul dans cette situation 😉

Ce n’est ni l’insouciance (je m’en préoccupe), ni le manque de connaissances sur les modes de transmission et les solutions qui existent qui font que je prends des risques.

Aussi, je considère qu’une offre de prévention telle que celle proposée par l’essai pourrait s’avérer très intéressante : lorsque je discute de mes prises de risques avec quelqu’un (en l’occurrence dans l’essai ce serait des médecins ou associatifs), j’ai tendance à moins en prendre dans la période qui suit. De plus, disposer d’un nouvel outil de prévention qui part du principe même que l’on prend parfois des risques correspondrait justement à la réalité de ma vie sexuelle.

Je vois donc un intérêt tout personnel à participer à cet essai – même si je ne tombe pas sur la bonne pilule bleue, j’aurai au moins accès à une offre poussée de prévention pour parler de mes pratiques et être soutenu dans ma prévention.

Et c’est enfin et aussi par curiosité que je souhaite participer à cet essai. J’ai envie de contribuer à ce que pourrait être la prévention de demain – celle qui nous permettra peut-être d’arrêter l’épidémie de VIH.

Car avec le nombre de nouvelles contaminations qui est en hausse chez les pd depuis plusieurs années, il va bien falloir casser les lignes de la prévention traditionnelle en diversifiant l’offre et en la ciblant notamment sur les personnes susceptibles de prendre des risques, qu’elles soient séroneg ou séropo.

Les questions que je me suis posées

En réfléchissant à ma participation éventuelle à cet essai, je me suis demandé plusieurs choses. D’ailleurs ça rejoint assez ce que beaucoup de gens se sont demandés… sauf que je me suis appliqué les questions en tant que personne intéressée pour rejoindre l’essai.

D’une part, est-ce que cela ne va pas au final m’inciter à prendre plus de risques ? Je n’ai pas forcément la réponse à vrai dire… on verra sur le moment. Néanmoins comme j’ai dit plus tôt, je déteste prendre des risques et lorsque j’ai l’occasion de discuter de mes pratiques – comme ce sera le cas durant l’essai – cela a tendance à booster mes capacités à enfiler un préservatif sans aucun problème. Et puis le VIH c’est une chose mais il y a bien d’autres infections pour lesquelles la pénétration sans capote présente un risque élevé de transmission.

D’autre part, je me suis demandé si la prise répétée d’un cachet d’antirétroviral n’allait pas avoir des effets secondaires sur ma santé. En l’occurrence, le Truvada® est réputé pour ne pas avoir beaucoup d’effets secondaires immédiats ou de court terme, ce qui n’est pas forcément le cas sur le long terme pour les personnes qui le prennent au quotidien. Néanmoins, des examens réguliers permettront d’assurer un suivi des effets secondaires – perceptibles ou non. Libre à moi alors de sortir ou rester dans l’essai si des effets secondaires sont constatés.

Enfin je me suis demandé ce qui se passerait après, si tout cela fonctionnait – et notamment le fait de prendre un cachet avant une exposition à un risque. Compte tenu du coût d’un cachet de Truvada® j’ai peur que l’on en vienne à une prévention à double vitesse où seule la frange aisée des personnes vulnérables au risque pourrait s’approprier un nouvel outil de prévention qui laisserait à la marge les plus précaires. Mais peut être que de savoir qu’un tel outil fonctionne permettra de faire bouger les lignes sur le prix des médicaments. Prix qui sont déjà un frein majeur à la mise sous traitement de millions de personnes dans les pays du Sud.

Et vous, vous sentez-vous concernés par un tel essai ? Seriez-vous prêt à participer à un essai de ce genre ?

Vincent

« C’est une mode, tous les jeunes veulent se faire baiser bareback »

Si jeunesse savait Je voudrais revenir sur discours que j’entends souvent chez les homos et notamment les aînés visant à dire que les jeunes ne se protègent plus, sont inconscients ou encore ne savent pas se protéger.

Déclarations qui ont lieu dans un contexte d’une épidémie du VIH qui frappe les gays sans commune mesure avec le reste de la population avec une mobilisation forte depuis les début des années 1980.

Alors oui c’est vrai, il y a des jeunes qui prennent des risques – il y a même une légère hausse des nouvelles infections au VIH chez les 15-25ans, certains ne se protègent pas voire ne savent pas comment se protéger. Néanmoins est-ce que cela est lié à leur jeunesse et une certaine inconscience ?

J’aimerais aborder avec vous ce sujet qui à mes yeux relève d’une forme de domination sur une génération sans vraiment de fondements et qui ne permet en rien d’expliquer que des personnes, qui s’avèrent être jeunes, prennent des risques.

Les jeunes, une catégorie qui ne veut rien dire

Personnellement je vois dans ce genre de discours une nouvelle tentative de dévalorisation d’une catégorie, en l’occurrence d’une génération, dans son ensemble.

Les jeunes ce sont comme les chômeurs, les immigrés, les vieux, les précaires, les riches, les paysans : des catégories que l’on créé et qui ne veulent absolument rien dire tant elles sont hétérogènes mais qui arrangent bien pour désigner un autre abstrait que l’on accuse de tous les maux que l’on veut.

Quel lien y-a-t’il entre un jeune né dans une famille bourgeoise parisienne un autre qui vit dans une citée défavorisée en province ou un jeune étudiant à l’université et un jeune qui a commencé à bosser à l’âge de 16 ans ? Pas grand chose.

Aussi cette catégorie « jeunes » ne veut absolument rien dire tant elle désigne des réalités bien différentes les unes des autres (dixit Robert Castel).

Argument de l’âge, argument de la sagesse ?

Mais il n’y a pas de raison après tout que les jeunes gays échappent aux multiples formes de domination classiques exercées par leurs aînés dans de nombreux autres domaines et depuis la nuit des temps.

Le fameux « Nous on a connu les années Noires du Sida ! » utilisé à profusion un peu comme d’autres diraient « Nous on a connu la guerre et les cartes de rationnement alors ferme ta gueule ! » ; ou comment détourner la mémoire afin de se mettre sur un piédestal !

L’autre jour j’ai rencontré un gars avec qui nous étions sur le point d’avoir un rapport sexuel (de baiser quoi). Celui-ci enfile un préservatif et l’air de rien déchire une nouvelle pochette et enfile un deuxième préservatif par dessus. Ce que je désignerai plus tard par le concept de surprotection 🙂 .

Lorsque j’ai essayé d’aborder avec lui le risque de déchirure que cela représentait avec le frottement des deux préservatifs l’un contre l’autre, sa seule réaction a été de me dire : « Quel âge as-tu ? Moi j’ai 40 ans, ça fait 20 ans que je fais ça ».

Utiliser l’argument de mon jeune âge pour se conforter dans sa propre stratégie de prévention, qui pourtant comportait un risque, voilà encore une tentative de rabaisser une personne en fonction de son appartenance à une génération plus jeune.

(pour répondre par avance à la question insolente de Paul Denton, oui je suis parti et il ne s’est rien passé de croustillant entre lui et moi)

Des jeunes prennent des risques, oui, mais pas parce qu’ils sont jeunes

Alors oui, il y a des jeunes qui ne savent pas grand chose et se protègent insuffisamment, c’est vrai. Ces jeunes avec Jonathan on en a rencontré pas mal par exemple en prison ou dans des centres de réinsertion pour élèves déscolarisés où la plupart viennent de quartiers très précaires.

Mais la cause n’était pas leur jeunesse… en prison il y avait aussi d’autres personnes d’autres générations qui ne savaient pas grand chose non plus. La cause de cela était bien plus l’accès quasi nul à la prévention ainsi que les représentations et pressions sociales fortes qui s’exercent dans le milieu dans lequel ils ont évolué depuis leur naissance.

En conclusion ?

Dire que les jeunes ne se protègent pas ou peu voire plus nie la réalité de milliers de jeunes qui se protègent tant bien que mal tout en ne permettant pas d’expliquer pourquoi certaines personnes prennent des risques, qu’elles soient jeunes ou moins jeunes.

C’est néanmoins souvent sur cette population que l’on projette une image erronée d’une mauvaise appropriation de la prévention, laissant par la sorte transparaître une certaine forme de domination générationnelle… un classique à ajouter à la longue liste des dominations de notre temps telles que hommes/femmes, blancs/non-blancs, parisien/provincial, riches/pauvres, LesbGay/BiTrans, cocaïne/héroïne, etc.

Le premier outil de prévention reste notre parole !

Et vous qu’en pensez-vous ?

Vincent

PS : ah oui au fait… la majeure partie des découvertes de séropositivité ont lieu entre 35 et 40 ans sur des infections ayant eu lieu dans les quelques mois ou années précédant le dépistage.

L’hépatite C, le sexe et les gays

« Aaaah non y’a déjà le VIH vous allez pas nous en plus souler avec l’hépatite C ! »

Et si !

L’hépatite C est un virus qui tuerait en France entre 4 et 5 fois plus de personnes que le VIH et les gays sont touchés dans une proportion bien plus importante que le reste de la population et notamment les gays séropositifs chez qui la prévalence atteint presque le tiers !

Une hépatite est une inflammation des cellules du foie. Celle-ci est principalement le fait d’un virus ou de la consommation en grande proportion de produits tels que l’alcool. L’infection peut évoluer vers un cancer ou une cirrhose du foie nécessitant traitements lourds, ponction ou greffe.

Si nous avons souhaité nous concentrer sur l’hépatite C c’est entre autre pour sa gravité et la difficulté que l’on a à s’en débarrasser par rapport aux autres hépatites [1].

Mais aussi pour attirer l’attention sur le fait qu’au sein de notre communauté il y a de nombreuses personnes qui sont affectées et qu’il est essentiel de pouvoir aborder le sujet, de nous soutenir et nous entre-aider.

Et tout cela commence d’abord par le fait de savoir… ! On y va 🙂 ?

Le virus de l’hépatite C

Évoluant lentement, on peut parfois rester de longues années sans se rendre compte que l’on est porteur de l’hépatite C. Les symptômes tels que la fatigue, les vomissement, le jaunissement des yeux restent souvent légers ne suscitant pas de prise de conscience chez le porteur que quelque chose ne va pas !

Il n’existe toujours pas de vaccin préventif contre le virus de l’hépatite C et les traitements qui existent sont très lourds pour une efficacité dépassant à peine 50%. De nouvelles molécules avec une efficacité bien supérieures arrivent néanmoins sur le marché ce qui est une vraie bouffé d’espoir pour de nombreux malades en échec thérapeutique [2].

Le meilleur moyen de savoir si l’on est porteur du virus de l’hépatite C reste donc de se faire dépister. Lors de vos check-ups dans les centres de dépistages, de santé sexuelle ou chez votre médecin, pensez à demander que soit dépistée l’hépatite C !

Sexuellement transmissible ou pas ?

Le virus de l’hépatite C est un virus très résistant pouvant vivre à l’extérieur durant une très longue période. Se transmission se fait par contact avec le sang – même présent en très faible quantité.

Un débat existe néanmoins pour savoir si le virus est transmissible sexuellement.

Le sperme contiendrait un niveau insuffisant de virus de l’hépatite C pour permettre une infection. [3]

Il semblerait pourtant qu’une transmission soit possible – mais uniquement lorsque le rapport sexuel implique un contact avec du sang comme lors de pratiques hards, de partage de sextoys et autres ustensiles (comme ceux utilisés pour vos lavements) ou même de pénétrations anales non protégées [4]

Comment prévenir une transmission ?

Chacun construit sa prévention, à vous de choisir les outils qui vous convient ! Contre l’hépatite C il faut dans la mesure du possible éviter tout contact étant susceptible d’endommager vos (chères) muqueuses et donner lieu à un échange de sang

  • le préservatiiiiiiiiiif et du gel lubrifiant pour la sodomie ou sur les sextoys (changer de capotes sur le sextoy lorsque vous changer la personne qui l’utilise – en gros à chaque capote son cul)

  • les gants en latex et gel lubrifiant (à base de silicone) pour le fist. Pour les gants vous en trouvez des jetables ou des réutilisables sur le net ou en sex shop. Ne vous faites jamais fister par un mec qui utilise son propre gant, proposez à tous les mecs qui vous fistent d’utiliser VOTRE gant ou VOS gants jetables – en gros, le principe c’est à chaque gant son cul


  • éviter de partager ses sextoys et autres ustensiles (poire/douche/embout à lavement) – si possible à chaque ustensile son cul


  • être vigilant lors de l’utilisation de drogues et autres produits psycho actifs (GHB, GBL, Crystal, cocaïne, poppers, etc.) tant au niveau dess effets qui peuvent faire baisser la vigilance que l’on porte à notre prévention et notre perception de la douleur au niveau des muqueuses que sur la manière de consommer comme éviter de partager sa paille par exemple. Lorsque les muqueuses nasales sont endommagées par les prods, il peut en effet y avoir un peu de sang qui se dépose sur la paille au moment du sniff.

Pour plus d’informations : www.soshepatites.org

__________________________________________________________

Vous a-t-on déjà proposé un dépistage de l’hépatite C ? Lorsque vous vous mettez en couple et que vous décidez d’arrêter le préservatif, parlez-vous uniquement du VIH ou abordez-vous aussi l’hépatite C et d’autres infections ?

Vincent


[1] Il existe des traitements efficaces et surtout un vaccin contre l’hépatite A (deux injections, non-remboursées – à charge de 38 à 40€ par injection) et l’hépatite B (3 injections remboursées à 65% – reste à charge de 18€ par injection) que nous ne pouvons que vous inciter à faire ! Certains centres de vaccinations comme à Paris vous proposent gratuitement ces vaccins, n’hésitez pas à vous renseigner !

[2] C’est pas nous qui l’disons, c’est l’ANRS qui l’a dit dans un communiqué du 4 avril 2011

[3] C’est pas nous qui l’disons, c’est Turner J et al. (2010) qui l’disent

[4] C’est pas nous qui l’disons, c’est Urbanus A.T. et al. (2009) qui l’disent